Publié le: 23 février 2026
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Quand on parle d’overtourism — ou de surtourisme — on pense presque toujours à la foule.
Trop de visiteurs sur la même place.
Des files interminables devant les musées.
Des dizaines de smartphones levés devant le même monument.
Mais l’impact réel du surtourisme n’est pas seulement visuel.
Il est expérientiel.
Les villes ne deviennent pas seulement plus difficiles à parcourir.
Elles deviennent plus difficiles à ressentir.
On peut passer trois jours à marcher sans arrêt, cocher chaque site “incontournable”, manger dans les restaurants les mieux notés, et rentrer chez soi avec une étrange impression de distance — comme si l’on avait visité une version de la ville, et non la ville elle-même.
Voilà le paradoxe.
Plus nous créons et promouvons des “expériences” de voyage à grande échelle, plus les villes commencent à ressembler à des produits : optimisées, mises en scène, classées et consommées. Et à mesure que cela se produit, la vie quotidienne qui faisait leur singularité devient plus difficile d’accès — parfois même plus difficile à maintenir.
Ce n’est pas un argument contre le voyage.
C’est un argument sur la structure du système touristique.
Si vous voulez comprendre ce qui rend un lieu réellement authentique, commencez ici :
Qu’est-ce qui rend une expérience de voyage authentique (et pourquoi la plupart ne le sont pas)
Le surtourisme (overtourism) désigne une situation où la concentration des visiteurs dans un espace limité dépasse la capacité d’absorption sociale, économique et environnementale d’un territoire.
Il ne s’agit pas uniquement du nombre total de touristes.
Il s’agit de concentration touristique.
Une ville peut accueillir des millions de visiteurs par an sans s’effondrer.
Elle devient une ville saturée lorsque :
Le surtourisme est donc un problème de gestion des flux touristiques et de distribution de l’attention, pas seulement de volume.
Le tourisme de masse existe depuis des décennies : destinations populaires, grands volumes, standardisation.
Le surtourisme en est une évolution.
Il ne concerne pas seulement la quantité de voyageurs.
Il concerne la compression spatiale et temporelle de ces voyageurs dans des zones précises.
Le tourisme de masse augmente le volume.
Le surtourisme concentre ce volume au même endroit.
Cette concentration produit :
Réduire le problème à “trop de monde” est simpliste.
Certaines villes absorbent des millions de visiteurs sans crise majeure. D’autres peinent avec bien moins.
La différence réside dans la distribution.
Le surtourisme apparaît lorsque les flux de visiteurs, les comportements et les incitations économiques transforment un lieu plus vite qu’il ne peut s’adapter.
On le voit dans l’espace :
On le voit dans l’économie :
On le voit dans le tissu social :
Certaines villes ont commencé à réagir de manière structurelle.
À Venise, une taxe d’entrée pour les visiteurs à la journée a été introduite afin de limiter un tourisme “éclair” qui concentre de grands volumes sans réelle contribution à la vie locale.
À Barcelone, la ville a réduit les terminaux de croisière pour diminuer les arrivées massives et soudaines de visiteurs passant seulement quelques heures dans le centre historique.
Il ne s’agit pas de mesures symboliques.
Ce sont des réponses à une concentration excessive.
Le surtourisme n’est pas uniquement un problème d’infrastructure.
C’est un problème d’équilibre — entre visiteurs, habitants et environnement.
Lorsque cet équilibre se rompt, quelque chose d’essentiel commence à s’éroder.
L’article du UNESCO Courier Comment voyager sans saccager ? analyse le surtourisme au-delà de la simple question des chiffres.
Selon l’article, le surtourisme :
« implique des facteurs qui affectent négativement les résidents, réduisent l’essence des lieux et contribuent à une détérioration sociale, culturelle et environnementale. »
Ces effets ne sont pas immédiats.
Ils résultent d’un changement lent et progressif.
Le tourisme agit comme un agent de transformation qui modifie les communautés locales au fil du temps.
Cela confirme une idée centrale : le surtourisme ne dépend pas seulement du nombre de visiteurs, mais de la manière dont leur présence interagit avec la vie quotidienne.
Source : UNESCO Courier – Comment voyager sans saccager ?
Aujourd’hui, la concentration touristique est largement guidée par les algorithmes.
Vous cherchez “que faire à Florence”.
Vous ouvrez les premiers résultats.
Vous consultez les réseaux sociaux.
Vous parcourez les activités les mieux notées.
En quelques minutes, votre carte mentale est construite.
Et elle met en avant les mêmes lieux.
Les systèmes numériques ne sont pas neutres.
Ils orientent le flux d’attention.
Ils amplifient ce qui est déjà visible.
Plus une activité est notée, plus elle gagne en visibilité.
Plus un lieu est photographié, plus il devient désirable.
Plus un café est partagé, plus il devient “incontournable”.
Un cercle se crée :
Visibilité → demande → concentration → encore plus de visibilité.
Le surtourisme est donc aussi un problème de design de distribution — lié à la manière dont attention et incitations se renforcent mutuellement.
Face au surtourisme, la réponse instinctive est souvent d’augmenter l’offre.
Plus de visites guidées.
Plus d’activités.
Plus de “trésors cachés”.
Mais les plateformes favorisent les expériences faciles à :
Ce système d’incitations tend à concentrer les nouvelles offres près des zones déjà populaires.
Résultat :
La carte ne change pas.
Elle devient simplement plus dense.
Avec le temps, les villes s’adaptent.
Les restaurants ajustent leurs menus.
Les commerces s’alignent sur les attentes touristiques.
Les quartiers cultivent une “authenticité” vendable.
Ce n’est pas malveillant.
C’est une adaptation économique.
Mais lorsqu’une ville s’optimise en permanence pour les visiteurs, sa complexité s’aplatit.
Elle devient plus facile à consommer — et moins surprenante à habiter.
La présence locale recule progressivement.
Et lorsque la vie locale s’efface, l’authenticité peut subsister comme esthétique, mais plus comme réalité vécue.
Le “tourisme durable” est omniprésent.
Il se concentre souvent sur l’impact environnemental : émissions, déchets, labels écologiques.
C’est important.
Mais cela ne règle pas automatiquement la concentration.
Si des millions de personnes circulent toujours dans les mêmes rues aux mêmes heures, la pression demeure.
Le surtourisme est :
Sans modification des mécanismes de concentration, les mesures environnementales atténuent l’impact sans transformer le système.
Au lieu de demander :
“Quels sont les incontournables ?”
Il serait peut-être plus pertinent de demander :
Comment organiser les systèmes de voyage pour mieux répartir l’attention ?
Ce changement paraît subtil, mais il transforme la logique.
Il déplace le regard de la checklist vers le contexte.
Si le surtourisme est en partie un échec de la distribution de l’attention, la solution ne peut pas être simplement d’ajouter plus d’activités.
Elle implique de repenser l’organisation de la présence dans l’espace.
Un modèle alternatif :
Ce n’est pas un ajustement cosmétique.
C’est un changement de structure.
Des plateformes comme MoodTo s’inscrivent dans cette logique : organiser le voyage autour de la présence plutôt que du spectacle.
Si les tendances actuelles se poursuivent, voyager deviendra plus accessible et plus efficace.
Mais les zones populaires resteront saturées.
Les villes risquent de se ressembler davantage en surface.
Cependant, si plateformes, politiques publiques et comportements évoluent ensemble, le tourisme peut se développer sans surcharger les mêmes espaces.
Le surtourisme n’est pas inévitable.
Il résulte d’incitations structurelles.
Changez les incitations — et le résultat spatial change.
Si vous êtes déjà revenu d’un voyage avec l’impression d’avoir tout vu sans vraiment vous connecter, le problème n’est peut-être pas votre curiosité.
Il se peut que ce soit le système qui a dessiné votre carte avant même votre arrivée.
Le surtourisme apparaît lorsque l’attention se concentre plus vite que les villes ne peuvent s’adapter.
L’alternative n’est pas de voyager moins.
C’est de concevoir des systèmes qui gèrent la présence avec intention plutôt qu’avec intensité.